Gilles, Gustave, Attila…

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… Marseille, la Bonne Mère, le Panier, la Plaine, Callelongue…

Gustave.

Le printemps n’avait pas duré très longtemps. Juste le temps d’un soupir, un sanglot, une larme !

C’était ainsi par ici. Il caillait des meules, maître mistral rabotait les cœurs et les corps des hommes, puis il y avait comme un tremblement de terre dans l’air, et d’un coup, vlang ! Tout basculait et c’était l’été.

Le vrai été.

Walou-macache-bono-bezef, le printemps ! Passé à la trappe, la saison du renouveau, celle des bourgeons, des amours et tout le bataclan ! L’hiver-l’été ! C’était comme ça on n’y pouvait rien. 

(Extrait du chapitre 5 – Les vies de Gustave – Gilles Del Pappas – édition au-delà du raisonnable)

Gustave, après avoir échappé par miracle, sous les yeux de la Bonne Mère, à une mort certaine, les pieds dans une bassine en zinc de ciment frais et au fond de la grande bleue, se retrouve devant la porte de la Basilique Notre Dame de la Garde et est recueilli par son ami d’enfance, Justin, devenu curé. Sa réputation de collabo durant la guerre, de truand notoire lui colle à la peau, et malgré tout, là, les pieds en sang d’avoir couru tout nu tout en haut de la colline, suivant pour s’en sortir le regard bienveillant de la Mère à l’Enfant, il découvre l’Art, se met à peindre et à réparer, à l’aide de Justin, les ex-voto de la basilique. Sa vie, il la voit par le trou des yeux de la Bonne-Mère, caché tout en haut de la statue.

Mais comment retrouver une vie normale, quand dehors, en bas, dans le Marseille en pleine reconstruction, le passé resurgit et l’obsède sous les traits de vrais salauds, de héros du quotidien, de mauvais garçons ?

Si je savais raconter les livres, je vous parlerais de la rédemption de Gustave, de l’amour qu’il trouve sur son chemin, de l’amitié de ce curé vraiment pas comme les autres. Je pourrais vous dire toute la magie et toute la tendresse contenues dans ce livre, la vie, la vraie, quand les choix qui se présentent à nous ne sont pas toujours clairs, quand le mauvais chemin semble le bon, malgré tout ; quand l’enfance, la vie vous trace déjà la route.

Aucune bondieuserie dans ce roman. Gilles Del Pappas se dit lui-même mécréant. Il raconte Marseille. Un Marseille de l’hiver 1949, qui panse aussi ses plaies. Un sauvetage, celui de Gustave, mais aussi une naissance, sous les yeux de la Bonne-Mère, ou plutôt dans son dos : la French Connection… 

Attila.

Ce livre, je l’ai dans ma bibliothèque depuis septembre 2011. Je n’avais jamais pu dépasser le chapitre 2 ou 3. Puis, dernièrement, j’ai eu le grand plaisir de discuter avec Gilles autour d’un café, et il a su me convaincre d’aller plus loin. J’ai donc fini les vies de Gustave et repris du tout début Attila et la magie blanche.

Ce roman est un hommage. Comme dit lui-même l’auteur, un hommage aux femmes et aux hommes qu’il admire. Ne cherchez aucune chronologie dans l’histoire, les personnages se mélangent, se rencontrent. Ce n’est ni une biographie, ni un récit. C’est un méli-mélo de tendresse, de spontanéité, d’amour, de politique, de drame, de larmes, de lieux ou Marseille est en bonne place. Les mots sont savoureux, chargés de soleil, d’accent. On y entend les cigales et le mistral. On y rencontre Méliès, Van Gogh, Gauguin, des grands-mères féministes, Louise Michel, la Commune, la Révolution. On pleure, on rit, beaucoup. De chagrin, de peur, de tendresse, d’amour. Le personnage principal, c’est Alexandre Marius Jacob, dit Attila par sa bande, volant aux riches pour donner aux pauvres. Un matin de 1954, il se souvient de son passé, de son enfance à Marseille, de ses voyages, de la cause anarchiste.

En préface, Gilles Del Pappas s’explique :

« j’ai écrit un conte en mêlant ce qu’on connaît de Marius Jacob sur les toiles de fond réelles que j’ai pu visiter. L’évocation des personnages, connus ou non, qui vont et viennent, m’échappent et agissent tous seuls, se foutant bien d’une quelconque exactitude. Une envie folle de faire se rencontrer des gens qui, j’en suis sûr, auraient eu des points communs avec cet inconditionnel de la liberté qu’était Marius Jacob. J’ai ensuite bien gansaillé en cadence, en haut, en bas, de gauche, de droite. Heu… pardon, de gauche, de gauche. Et encore à gauche. Jusqu’à ce que la sauce prenne. Et voilà.

Si je savais parler des livres, je vous dirais qu’il n’y a pas d’auteur qui m’ait touché à ce point là cette année. Quand je les ai posés, j’ai su que je venais de vivre des moments d’exception, que je me souviendrai longtemps d’Attila, de Gustave, de Justin, de Méliès, du ballon, de Rose, de Jean, de Louise. Je me suis surprise à avoir envie de redécouvrir Marseille avec les yeux de Gilles Del Pappas, né ici en 1949, dans le quartier du Racati.

Attila et la magie blanche – Gilles Del Pappas – Éditions au-delà du Raisonnable

J’espère, ne serait-ce qu’un peu, avoir allumé en vous l’envie de découvrir ou de redécouvrir Gilles del Pappas à travers ces deux romans.

Elisa. 

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